Rencontre avec Doriane van Overeem

Hello tout le monde, aujourd’hui je vous propose une nouvelle catégorie sur le blog avec une approche un peu plus journalistique, avec des interviews, des micro-reportages, etc.. et pour inauguré cette nouvelle rubrique j’ai choisi de commencer par l’interview d’une styliste dont j’aime énormément le travail: Doriane van Overeem.

Je vous laisse découvrir son interview de ce pas.

  • D’où vous est venu votre intérêt pour la mode ?

Je ne me suis jamais posé la question de ce que j’allais faire, travailler dans la mode a toujours été une évidence pour moi. Ça sonne un peu ringard mais c’est ma mère qui a éveillé ma sensibilité pour les belles finitions, les broderies à la main, les tissus anciens,… des vêtements qu’elle chine tout au long de l’année.

La Cambre aussi était une évidence, même si j’étais persuadée de ne pas passer le concours, un des plus beaux jours de ma vie ! Car elle fait partie des meilleures, tout simplement.

  • Quel est votre parcours scolaire ?

 J’ai d’abord effectué un master en Stylisme et Création de mode à la Cambre à Bruxelles. Pendant ces 5 années d’études, j’ai effectué de nombreux stages en tant qu’assistante de création à New Delhi, Londres ou encore Paris. J’ai été diplômée en 2013

Je suis passée par les maisons de Bernhard Willhelm, Manish Arora, Meadham Kirchhoff et Louise Gray. Chez Manish, j’ai été impressionnée par le travail des broderies, les associations de couleurs,… Mais c’est Meadham & Kirchhoff qui m’ont le plus marquée. C’étaient les premiers mecs féministes que je rencontrais, ils se disaient : « ça doit pas être facile d’être une fille dans le monde d’aujourd’hui ! »

  • Après vos études, comment s’est déroulée votre carrière ?

J’ai d’abord pris un an pour suivre des formations d’auto-entrepreneuse, comment faire sa compta, créer un business plan, établir son réseau de distribution et toutes les stratégies marketing,…

Puis j’ai eu la chance de faire pas mal de collaborations, comme la collection capsule pour Pimkie, distribuée dans 140 points de vente à travers l’Europe, aussi The Care Label Project avec AEG Electrolux qui peut se résumer à “si vous prenez soin de vos vêtements, vous pourrez les garder plus longtemps”, la création d’une silhouette pour Minnie Mouse avec Disney, et aussi pour Belfius, inspirée d’une œuvre de Thomas Lerooy.

Maintenant, cela fait plusieurs années que la marque existe, et j’ai hâte qu’elle continue de se développer !

  • A quoi ressemble une journée type pour vous ?

Elles ne sont pas très glamour comme tout le monde croit que c’est le cas dans la mode ! Il faut tout gérer : les ressources humaines, le suivi des fournisseurs, les partenariats avec des stylistes de magazines, la prospection en général, nos réseaux sociaux, les actions marketing, etc

Et à côté de tout ça, je dois créer et consacrer le temps nécessaire à la construction d’une collection réfléchie qui surpasse la précédente !

  • Quelle est votre inspiration au quotidien ?

 La musique, je vais à pas mal de concerts punk, j’aime beaucoup l’attitude qui s’en dégage, je me sens à l’aise dans ce genre d’environnement. Puis les gens dans la rue aussi, j’ai développé une grande capacité à observer le moindre détail, la manière dont les gens assemblent les choses, puis comme j’ai pas mal d’imagination j’arrive à créer des liens avec d’autres choses que je connais pour créer quelque chose de nouveau.

  • Quel est l’esprit de vos collections ?

 J’ai conçu chaque collection avec une femme à l’esprit audacieux, qui n’a pas peur de montrer ses émotions et d’apprendre de ses moments de faiblesse. Je cherche à faire passer des messages avec mes créations comme le questionnement sur la société, son consumérisme et la façon dont les femmes sont traitées. La marque supporte une vision plus lente de la mode avec des collections biannuelles entièrement prototypées et manufacturées en Belgique. Nous comptons sur notre savoir-faire et sur des finitions irréprochables pour contrer la consommation de masse et accroître la sensibilisation du public aux inégalités de travail.

Les collections s’inscrivent dans un univers romantique mais punk, où l’insolence rencontre l’élégance. Nous cherchons à aborder des sujets tabous à travers des titres de collection et slogans forts, pour amener à contester les perceptions sur la façon dont les femmes sont censées se comporter.

  • Votre nouvelle collection s’appelle “Femme Illégale”, pourquoi ?

J’avais envie de parler d’un autre type de femme, de mettre en avant une certaine revendication et violence qu’on n’associe pas forcément à la femme.

Cette nouvelle muse s’interroge sur différents aspects de la société ; dois-je vraiment me comporter de telle ou telle manière ? Pourquoi la féminité est-elle tellement codée et normalisée ? Dois-je vraiment prendre la pilule contraceptive ? Si quelque chose ne me plait pas, ai-je encore le droit de le signifier ou me dira-t-on que « je suis folle », « je suis mal baisée » ou encore que « j’ai mes règles » ?

En gros, cette femme illégale est là pour revendiquer une autre image de la femme dans la société actuelle, avec un slogan un peu “break the rules”.

  • Quelle clientèle visez-vous ?

La clientèle visée a entre 30 et 50 ans, avec un certain pouvoir d’achat et plus ou moins avertie des dangers du fast fashion. Nous visons à sensibiliser un maximum de personnes aux risques des tendances de consommation actuelles et des conséquences que cela a sur notre environnement.

  • Quelles sont vos matières fétiches ?

 Tout d’abord il est hyper important que les tissus soient de qualité. J’essaie d’utiliser au maximum des matières écoresponsables comme par exemple le piñatex, qui est un cuir à base de fibre d’ananas. Mais globalement, mes matières fétiches sont les matières agréables à porter dans lesquelles on se sent bien !

  • Quelle est votre plus grande fierté depuis vos débuts ?

Il y en a plusieurs! C’est difficile de choisir… Si je devais n’en donner que 3, je dirais : avoir vendu la marque au Japon pendant plusieurs saisons consécutives, avoir habillé plusieurs célébrités qui me tenaient à cœur, et finalement de tourner la marque vers une philosophie éthique et écologique !

  • Si vous pouviez changer quelque chose dans votre parcours, qu’est-ce que ce serait ?

Je ne changerais rien je pense, car j’ai toujours fait du mieux que je pouvais dans les circonstances données… Je dirais peut-être juste d’être plus patiente parfois !

  • Où vous voyez vous dans 5 ans ?

Je vois bien la marque vendue à l’international, peut-être même que je partirais de Bruxelles pour m’installer dans une autre ville !

  • Quel(s) conseil(s) donneriez-vous aux aspirants stylistes ?

De bien réfléchir avant de se lancer, il faut avoir les pieds sur terre et être prêt à travailler de longues heures pour lancer sa propre activité. Aussi de bien gérer son budget, ou de mettre de côté avant de se lancer pour arriver à produire des collections sans forcément les vendre tout de suite au début.

  • Quelles sont les qualités requises pour être styliste ?

Il faut être super bien organisé et rigoureux si on veut arriver à tout gérer en même temps et être consistant. Aussi être créatif, et cela ne veut pas forcément dire faire de beaux dessins, mais plutôt trouver des solutions quand un problème se présente, et être suffisamment imaginatif que pour penser “outside the box”. Il faut aussi être patient et faire preuve de professionnalisme si on veut être reconnu dans le milieu.

  • Quelle est la plus grosse contrainte dans le métier de styliste ?

Je dirais être capable de gérer tous les aspects en même temps. Que ce soit le marketing, les ressources humaines, la communication, les ventes et la création; pour ne citer que ceux-là !

Encore un grand merci à Doriane van Overeem d’avoir pris le temps de répondre à mes questions, je vous laisse admirer les photos de sa collection SS18 actuellement disponible ici et je vous dis à bientôt pour un nouvel article !

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